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 Bataille des Monts Nementcha

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MessageSujet: Bataille des Monts Nementcha   Dim 27 Juin - 18:40

Il est traditionnel, dans toute histoire de la guerre d'Algérie, de donner ce nom à un ensemble de combats limités dans le temps üanvier-mai 1958) pendant lesquels s'affrontent des katibas venues de Tunisie et des unités françaises de réserve générale et de secteur, chargées de les intercepter de part et d'autre d'un barrage en cours de développement.

Or la véritable bataille des frontières commence en 1956 et ne se termine qu'avec l'indépendance de l'Algérie. C'est un combat de tous les jours, technico-opérationnel. Il a pour but d'asphyxier l'insurrection armée algérienne, en interdisant, par la construction de barrages le long des frontières marocaine et tunisienne, son approvisionnement en personnels et matériels. Ces barrages sont en constante évolution, fonction d'une part des parades trouvées par l'adversaire et du développement de son implantation en Tunisie et au Maroc, d'autre part des crédits accordés et des innovations technologiques intervenues pour en développer l'efficacité.

Naissance et premier développement des barrages (1956-1957).

De novembre 1954 au début de 1956, la présence de troupes françaises au Maroc et en Tunisie pen-net de contrôler les frontières algéro-marocaine et algéro-tunisienne, même si ce contrôle reste parfois lointain compte tenu de l'agitation antifrançaise qui s'est développée dans les deux pays. Mais la proclamation de l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, en mars 1956, crée une situation nouvelle redoutée par le commandement français en Algérie.

Désormais, à mesure que les troupes françaises évacueront ces deux territoires, le FLN pourra y installer des camps d'entraînement et des bases de ravitaillement en armes pour l'Armée de Libération Nationale (ALN) de l'intérieur. On constate rapidement que son armement se développe : le fusil de guerre remplace petit à petit le fusil de chasse ; la mitrailleuse fait son apparition ; les explosifs et pétards de fortune se transforment en dynamite. Simultanément, les techniques de sabotage s'améliorent, conséquence probable de l'ouverture à Oujda (Maroc) d'une école de spécialistes de destructions. Comme tout cet armement ne peut provenir de l'accostage clandestin de quelques caboteurs ayant échappé aux garde-côtes de la Marine, il faut donc surveiller les frontières terrestres afin d'en interdire, sinon d'en limiter, les passages.

Vaste programme ! La frontière tunisienne, du cap Roux à Négrine, s'étend sur 380 km de terrains difficiles, traversant les monts de la Medjerda, les hauts plateaux, les monts de Tébessa avant de tomber brutalement sur le désert.

A l'ouest, à la frontière marocaine, 550 km séparent Port-Say d'Abadla à l'extrémité du grand erg occidental, escaladant les monts de Tlemcen, traversant 200 km de hauts plateaux désertiques, puis coupant les monts escarpés des Ksour. Comment surveiller de tels espaces, sur des terrains aussi divers et souvent difficiles d'accès, tout en y consacrant le minimum d'effectifs afin de ne pas sacrifier les missions de l'intérieur : quadrillage du terrain et pacification ?

Pour surveiller la frontière, il n'avait pas été question à l'origine d'un barrage continu courant le long des deux frontières. Opération jugée très coûteuse en effectifs. Il fallait définir des zones prioritaires de surveillance, là où les passages clandestins paraissaient les plus fréquents, débouchant sur des parcours reconnus menant aux différentes wilayas. Et simultanément, on chercha à résoudre certaines difficultés provoquées par la multiplication de sabotages sur les voies de communication, particulièrement les voies ferrées. A l'est comme à l'ouest, deux voies nord-sud se rapprochent parfois dangereusement de la fontière : Bône (Annaba) - Tébessa et Oran - Méchéria - Afn Séfra - Colomb-Béchar. Le trafic y était souvent interrompu, malgré les ouvertures de voies. Il pouvait être économique de concilier barrage et protection des voies ferrées.

C'est à la frontière marocaine que le commandement local prend, en 1956, l'initiative d'établir sur le tracé de la frontière, un réseau de barbelés de quatre mètres de large. Mais cette implantation initiale sur la frontière même n'était pas bonne : on ne pouvait couvrir l'obstacle par le feu sans tirer en territoire marocain, d'où de multiples incidents.

On décide donc de reporter de quelques kilomètres à I'intérieur le tracé du réseau en le renforcent et en le doublant de postes de surveillance. Mais, fort des expériences de l'Indochine où les mines posées avaient été très souvent relevées et réutilisées par le Viêt-minh, le commandant en chef en Algérie en interdit d'abord l'emploi. Il souhaite surtout que le Génie ne réalise pas une " ligne Maginot " à chaque frontière, opinion partagée par le général Noiret, commandant du Corps d'Armée de Constantine qui, opposé à tout dispositif statique, s'en remettait à la manoeuvre pour empêcher l'ALN extérieure de pénétrer à l'intérieur. Toutefois, à l'automne de 1956, la multiplication des attentats et des sabotages à la frontière marocaine oblige le Commandement à rechercher des solutions permettant de renforcer le barrage barbelé Ouest(1).

Le Commandement du Génie en Algérie propose deux solutions, l'une relativement simple : utiliser des mines mais en les rendant non relevables par un ancrage au sol par béton; l'autre, plus complexe dans sa réalisation l'électrification du réseau.

L'ancrage des mines est adopté, mais le camouflage en est difficile dans un sol très dur. Aussi les fellaghas apprennent-ils vite à traverser l'obstacle miné.

L'expérimentation d'un tronçon de barrage électrifié est lancée dans la région de Mamia, sur quelques kilomètres sous la direction du colonel Durr, de la Direction et du Commandement du Génie de la Xe Région militaire (Alger). Ancien électromécanicien de la ligne Maginot, il est pendant deux ans l'inspirateur puis le superviseur du développement de l'électrification des réseaux.

Ainsi, au début de 1957, à l'ouest, un réseau miné s'étend le long d'une partie de la frontière et une haie électrifiée est tendue sur 10 km près de Mamia.

A l'est, la défense reposait toujours sur la seule intervention des unités. Mais l'évolution de la situation dans la nouvelle République de Tunisie inquiète le général Salan, commandant en chef en Algérie. La perspective de l'évacuation de la Tunisie par la 11° DI et le développement de l'activité de l'ALN en Tunisie le décident à imposer au commandant du CA de Constantine la construction d'un barrage face à la frontière tunisienne, mais protégeant aussi l'axe ferré-routier Bône-Tébessa en première urgence, la route Tébessa-Négrine en seconde. Le ministre de la Défense nationale et des Forces armées, André Morice, par sa directive du 26 juin, accorde la priorité à ce barrage, y affectant crédits et unités, en particulier du Génie, transférées de métropole, du Maroc et de Tunisie. Le bar-rage électrifié jusqu'à Tébessa devait être impérativement terminé en octobre : c'est ce secteur qui a pris le nom de ligne Morice. Puis le 14 octobre, la décision est prise de le prolonger jusqu'à Négrine, d'abord par un réseau non électrifié mais couplé avec une surveillance par radars-canons qu'autorisait un terrain Plus Plat et dégagé.

L'urgence de ce barrage continu était née d'une constatation : la surveillance effectuée par les troupes du Constantinois n'a pu empêcher le redoublement du trafic clandestin, soit dans le sens Algérie-Tunisie (recrues des wilayas rejoignant les camps d'instruction en Tunisie), soit dans le sens inverse (recrues instruites, encadrées, armées). Au milieu de 1957, On évalue une moyenne mensuelle de 2 000 passages et de 1 000 armes entrées.

Mais ce barrage primitif n'est pas considéré comme un obstacle infranchissable, mais comme une sonnette signalant immédiatement un franchisenent, le localisant et permettant ainsi aux troupes de secteur d'intervenir à coup sûr pour intercepter. Ce premier barrage construit à l'est en quelques mois sur 200 km, tout élémentaire qu'il fut par rapport à ce qu'il devint, se compose de plusieurs éléments

- un dispositif technique d'alerte et de localisation : la haie électrifiée et les postes de contrôle qui reçoivent l'alerte, localisent la coupure, tout en fournissant l'énergie électrique soit par groupe électrogène, soit en transformant en courant haute tension le courant fourni par le réseau de distribution ;

- un dispositif de protection : une haie protégeant la haie électrifiée contre les animaux, une nappe de barbelés gênant l'approche des saboteurs ;

- un dispositif de surveillance : une piste technique près de la haie électrifiée pour permettre son entretien et les réparations par les unités d'électromécaniciens, une piste tactique, derrière le barrage, pour permettre la surveillance permanente par les unités blindées (ce qui sera appelé la " herse ") ou l'intervention sur coupure.

La bataille des frontières (janvier-mai 1958).

Cette construction du barrage contraint le FLN à accélèrer les passages à la fin de 1957 et au début de 1958, soit en saturant la haie électrifiée par la multiplication des sabotages, donc des alertes, ce qui provoque la dispersion des interventions, soit en passant par-dessous la haie (tunnels), soit en orientant les passages de plus en plus vers le sud.

A cette volonté, répond la décision du général Salan, au début de 1958, de détruire toutes les bandes venues ou à venir de Tunisie, avant ou après le barrage. Il affecte au général Vanuxem, alors commandant de la zone estconstantinoise (ZEC) et responsable de la frontière et du barrage, toutes les réserves générales dont il dispose, c'est-à-dire cinq régiments parachutistes : le 1° REP (col. Jeanpierre), 9° RCP (col. Buchoud), 14° RCP (lieut.-col. Ollion), 8° RPC (lieut.-col. Fourcade), 3° RPC (col. Bigeard puis Trinquier). Ces cinq régiments doivent agir en chasse libre sur les grands axes d'infiltration (Medjerda nord et sud, Meskiana ... ). Ils se superposent au dispositif de la ZEC, soit quatre régiments en avant du barra e chargés de sa couverture dans le no man's land entre frontière et barrage, six régiments de l'ABC chargés de la " herse " et six régiments des secteurs occupant le terrain. Trois détachements d'hélicoptères sont disponibles à Guelma, Tébessa et Bir el Ater, et l'appui aérien (T6, Corsairs. voire B26) assuré à partir des bases de Bône et de Tébessa.

La bataille des frontières commence dès l'arrivée du 1° REP dans la région de Guelma en janvier. La mort au combat de son chef de corps, Jeanpierre, le 28 mai, peut en marquer la fin.

De cette bataille, somme de multiples engagements, on peut retenir les principales caractéristiques.

1) Effort prononcé de l'ALN par les couloirs de pénétration à partir

du Bec de Canard (Ghardimaou) de part et d'autre de la Medjerda, vers Guelma et Souk Alitas. Les 1° REP et 9° RCP y jouent un rôle décisif avec le 4° Hussards et son peloton cynophile qui piste les passages détectés. Jeanpierre et Buchoud de leur hélicoptère dirigent les manoeuvres d'interception. Le 16 février, aidés par le 18° Dragons, ils rattrapent deux katibas qui avaient réussi le franchissement, récupèrent 13 mitrailleuses, 5 FM, 160 armes individuelles, éliminent 200 rebelles tués ou prisonniers. Même opération, même résultat les 25-26 février. Le 4 mars, malgré la tempête de neige, des recrues sont interceptées et la katiba locale détruite par 1° REP.

L'ALN tente alors le 18 mars un passage plus au nord, vers Mondovi. La haie électrifiée puis les chiens permettent de localiser avec précision l'adversaire ; onze compagnies sont héliportées autour de la zone repérée, puis le bouclage effectué : 133 rebelles sont mis hors de combat . Dans la région de Souk Ahras, la katiba locale, à moitié détruite cherche Son salut en franchissant le barrage d'ouest en est pour se réfugier en Tunisie. Le 60° RI l'intercepte.

2) Effort de l'ALN pour contourner par le sud le barrage électrifié entre Tébessa et Négrine où s'exerce seulement une surveillance par radars couplés à des batteries d'artillerie. Vers Elma el Abiod, un très gros passage, évalué à 600 rebelles, est effectué sans qu'il y ait eu interception. Le 3° RPC, alors en réserve, est envoyé au sud. Le 28 février, il accroche des rebelles dans les Nementcha. La poursuite est engagée avec l'aide des 8° RPC et 14° RCP. Plus de 100 rebelles sont interceptés. Le 2 avril, les radars signalent un passage vers le djebel Onk. Le 3° RPC et le 4° REI les interceptent.

3) Au centre, entre Montesquieu et Morsott, la pression parait moindre, la " herse " est très vigilante, ce qui permet au 14° RCP et au 16° Dragons d'opérer activement dans la région d'Ain Be7ida, éliminant 250 rebelles et capturant 14 mitrailleuses et 22 FM.

Au début du mois d'avril, toute l'implantation rebelle à l'ouest du barrage parait totalement désorganisée et privée de secours extérieur. Devant les difficultés, certaines katibas ont reflué vers l'est et le moral des recrues vacille dans les bases de Tunisie. Le commandement de l'ALN décide alors de tenter le passage à grande échelle. Le 29 avril, un bataillon de plus d'un millier d'hommes, soutenu par deux katibas destinées au Nord-Constantinois, franchit le barrage au sud de Souk Ahras, tandis que sept katibas passent la frontière et tentent d'échapper à la surveillance du 3° REI. Le barrage est saturé, les renseignements imprécis jusqu'au moment où l'on retrouve des traces de tunnels sous la haie, à la lisière de Souk Ahras, au fond de la vallée de la Medjerda. Le 9° RCP démonte une Opération pour se consacrer à la recherche de ce que l'on estime, d'après les traces, à plusieurs centaines d'hommes. Le 14° RCP, toutes les unités du secteur, des renforts venus des secteurs voisins convergent vers la zone suspecte. Disposant de douze hélicoptères, Buchoud héliports ses compagnies sur tous les points hauts de la zone de fouille. Mais, alors que les rebelles se dissimulent habituellement dans les fonds, cette fois ils ont pris position sur les hauts. Aussi quand les hélicoptères Sikorski (les " bananes ") déposent les paras, ceux-ci sont-ils immédiatement pris à partie. Sur le djebel El Mouadjène, une compagnie du 9° RCP est encerclée ; on se bat au corps à corps. Quand trois autres compagnies parviennent à la rejoindre, elle a perdu 21 tués et 28 blessés, soit les deux tiers de son effectif. Mais, pendant ce combat, le bouclage s'est effectué jusqu'à la nuit. A l'aube, on resserre peu à peu la nasse en repoussant l'adversaire sur le barrage. L'ALN perd dans ce combat un peu désespéré 270 hommes, 10 mitrailleuses, 4 armes antichars, 260 armes individuelles.

Le lendemain pourtant, une autre katiba tente le passage au même endroit. Elle est interceptée par le 2° REP, arrivé en renfort. Des reliquats des bandes sont retrouvés les 2 et 3 mai dans les mines de Nador.

En mai, alors que s'effondre la IVe République et que les Comités de salut public se multiplient en Algérie, unités de réserve générale et de secteur mettent encore hors de combat plusieurs centaines de rebelles, tandis que le colonel Jeanpierre disparaît le 28 mai quand son hélicoptère tombe au milieu d'une bande rebelle.

En quatre mois, l'ALN a subi des pertes irréparables : près de 4 000 morts, 590 prisonniers, 350 armes collectives, 2 000 armes individuelles saisies. Mais les pertes françaises ne sont pas minimes : 273 tués et 800 blessés, car l'adversaire s'est battu avec acharnement ; en témoigne le faible nombre des prisonniers par rapport à celui des tués. Certes, les généraux Salan et Vanuxem ont mis les moyens pour obtenir ce résultat, mais le barrage a prouvé son efficacité, en permettant de localiser rapidement les franchissements.

Le deuxième développement des barrages (1958-1961).

Après cette expérience, l'électrification du barrage marocain est décidée depuis Port-Say à El Aricha, puis à travers les monts des Ksour, la surveillance de la zone des hauts plateaux étant d'abord confiée au couple radar-canon couvrant le réseau miné (2). L'électrification des derniers secteurs sera effectuée ultérieurement et finalement le barrage Ouest sera électrifié en continu de la mer jusqu'au-delà de Beni Ounif.

A l'est, l'électrification du barrage est prolongée jusqu'à 20 km au sud de Négrine. De plus, il faut bien constater que la ligne Morice laisse ouverte aux infiltrations la plaine côtière de La Calle à Morris et les zones minières d,ouenza et du Kouif, dont l'exploitation est menacée. On peut redouter également que le FLN ne veuille implanter un gouvernement dans le vaste no man's land entre frontière et barrage. Aussi en octobre 1958, la décision est-elle prise de construire un deuxième barrage à proximité de la frontière tunisienne ; il est appelé " barrage avant ", ou ligne Challe, du nom du commandant en chef des forces françaises en Algérie. Ce nouveau barrage comprend deux secteurs se reliant au barrage arrière devant Souk Ahras : le barrage des centres miniers, protégeant les gisements d'Ouenza, du Kouif et de Khanguet, construit d'octobre 1958 à mars 1959, le barrage avant Nord édifié le long de la route menant du cap Roux à Souk Ahras, de mai 1959 à octobre 1959.

Pendant la poursuite des travaux, les tentatives de franchissement n'ont pas été toutes interceptées, notamment à l'ouest, dans les Ksour. Donc l'ALN intérieure a pu encore être ravitaillée, mais plus chichement. Cette situation facilitera la réussite des grandes opérations (type Jumelles ou Pierres précieuses) lancées d'ouest en est par le général Challe en 1959, contre les zones refuges des wilayas. Elles provoqueront la quasi-disparition de l'ALN intérieure, désormais coupée de ses bases marocaines et tunisiennes.

En 1959, les barrages ont trouvé leur implantation définitive. De 1960 à 1962, leur histoire se confond avec leur amélioration permanente en fonction des menaces que peut faire peser une ALN extérieure bloquée aux frontières, évaluée à cette époque à environ 10000 hommes bien an-nés, se limitant à harceler les implantations des barrages les plus proches des frontières, avec un armement de plus en plus performant, tel que mortiers de 81 puis de 120, lance-roquettes antichars (LRAC), canons sans recul et pièces d'artillerie (1). L'apparition des LRAC oblige à protéger la haie électrifiée et la piste tactique d'un grillage antibazooka, dans certains secteurs, afin d'assurer la protection des véhicules de la " herse ". Tous les postes de surveillance et électriques doivent être mis à l'épreuve des mortiers de 81 Puis de 120 ; au besoin ils sont reculés à l'intérieur d'un ensemble défensif, qui, par rapport au dispositif initial très linéaire, a pris de la profondeur, la " nasse " qui comprend différents réseaux de pré-alerte, de freinage, d'arrêt, reliés par un circuit de pistes d'intervention.

Mines antipersonnel indétectables, mines bondissantes explosives et éclairantes se conjuguent avec les haies électrifiées puis les télécommandes de mines à allumage électrique. Le Génie crée un centre d'expérimentation du barrages " EXBAR " où sont étudiés des dispositifs pour améliorer le fonctionnement des barrages, comme l'électrification des portes permettant de traverser le barrage. On expérimente des dispositifs de détection sismique, les sismophones, qui, enterrés par grappes dans des zones de passage peuvent transmettre par circuit électrique tout bruit de piétinement et être couplés avec des mines télécommandées. Mais l'extrême sensibilité de ces appareils en rend l'utilisation très difficile et l'expérience ne sera pas concluante.

Pour les radars, on a d'abord paré au plus pressé en convertissant en radars de surveillance du sol des radars de guet antiaérien ou des radars antimortiers (AN/MPQIO) 1 1. Puis on accélère la recette de nouveaux matériels type " surveillance du sol " (SDS) et on expérimente le radar Rasura (de surveillance rapprochée) confié à des unités d'infanterie qui commencent à être dotées en 1961-1962 d'un équipement de tir infrarouge.

Le harcèlement des postes frontaliers par les mortiers de l'ALN oblige à redéployer les AN/MPQIO dans leur emploi initial afin de localiser le mortier rebelle et permettre à l'artillerie ou aux mortiers, selon la distance, de le neutraliser. Le tir antimortier pourra s'exécuter au-delà de la frontière, si le mortier repéré n'est pas installé près d'une habitation. Il semble que les gouvernements voisins tolèrent tacitement une telle réaction, si elle ne renouvelle pas l'erreur de Sakiet Sidi Youssef où, pour riposter à un harcèlement du poste frontalier, l'aviation française avait bombardé le village un jour de marché. On sait les conséquences de ce grave incident : crise internationale, chute du gouvernement F. Gaillard, 13 mai et fin de la IVe République.

Il est à remarquer que cette évolution technique, cette densité en profondeur des organisations défensives sont plus marquées à l'est face à la Tunisie qu'à l'Ouest. Après le putsch des généraux du 21 avril 1961, le nouveau commandant en chef en Algérie, le général Ailleret, vient inspecter le barrage Ouest. Il avait précédemment commandé la zone EstConstantinoise. Fort de cette expérience, il s'étonne avec vigueur devant le commandant du Corps d'Armée d'Oran, du retard pris à l'ouest dans l'organisation défensive en profondeur pour faire face au développement de la puissance de l'armement de l'ALN. Il exige un renforcement des protections des casernements et des postes du barrage, si ce n'est leur retrait sur des lignes de bouclage plus éloignées de la frontière.

Ce retard de l'adaptation du barrage Ouest à la menace extérieure étaitil dû à une mauvaise appréciation de l'adversaire ? Ou n'était-il pas dû au fait que l'ALN du Maroc, mieux tenue en laisse par le gouvernement marocain, manifestait une moindre activité que son homologue de Tunisie plus nombreuse et mieux armée ?

Il est sûr que le commandement francais s'inquiétait surtout de la situation sur la frontière tunisienne.

Le barrage avant avait laissé, au sud du Bec de Canard, de part et d'autre de la Medjerda, un petit no man's land qui était à portée de tir et de raids des nombreuses unités de l'ALN déployées entre Ghardimaou et Sakiet Sidi Youssef. Les postes d'Aïn Zana et de M'Raou qui contrôlaient cette zone avaient déjà été l'objet d'attaques violentes qui étaient venues jusqu'à leurs portes. Aussi le commandement de la ZEC décida-t-il la création d'un poste dûment fortifié, avec blockhaus capable de résister aux attaques de plein fouet d'un assaillant.

Ce fut le poste de la cote 882, la dernière réalisation des barrages. Mais on entrait désormais dans le domaine de la fortification.

Une autre menace qui pesait à l'est était une tentative de passage en force à travers le barrage par une ALN de Tunisie que le 2° bureau de l'EMI évaluait au début de 1962 à près de 20 000 hommes, chiffre probablement surestimé si l'on en croit les historiens algériens.

Quelques harcèlements généralisés en 1961, et surtout en mars 1962, pouvaient donner du poids à cette inquiétude. Le général Multrier, dans l'article qu'il consacre à la ZEC, estime que cette inquiétude fut plus vive à Alger qu'à Bône. Effectivement - dans un article récent du Figaro (5)- le général Valentin qui était alors chef d'état-major de l'EMI à la Réghaia, près d'Alger, évoque ces journées du 5-6 mars 1962 pour nuancer l'idée d'une victoire militaire totale, l'ALN faisant peser une menace très sérieuse sur le barrage Est.

Maintenant que l'on connaît mieux, par les historiens algériens, l'état de dégradation des rapports entre le GPRA et l'état-major général du colonel Boumediene, on peut douter que ce dernier ait été décidé à tenter une telle entreprise, alors que se dessinait le cessez-le-feu, au risque de casser l'instrument de prise de pouvoir qu'il avait préservé en Tunisie. Le grand harcèlement généralisé était probablement moins une opération destinée à " casser du Français " qu'une opération de propagande interne au FLN pour prouver l'activité de l'ALN.

La défense des frontières, par les barrages, est une des clés du succès militaire en Algérie. Il est incontestable qu'elle pennit l'asphyxie de la rébellion armée à l'intérieur. En témoignent les protestations des chefs de wilaya contre l'inertie de l'état-major général de Ghardimaou incapable de les approvisionner en armes et munitions, parce qu'il ne veut - ou ne peut forcer les barrages (6).

Cette réussite est le résultat d'un effort sans cesse renouvelé pour s'adapter à la menace supposée de l'ALN extérieure. Celle-ci se matérialisa par la présence de nombreux bataillons, notamment le long de la frontière tunisienne, dotés d'un armement léger puis lourd de plus en plus menaçant Pour l'infrastructure des secteurs de barrages les plus proches de la frontière. La tentation a été grande, du côté français, d'opérer des raids en territoire tunisien pour détruire quelques bases de l'ALN qui harcelaient systématiquement de leurs feux le dispositif des barrages. Une sorte d'application du droit de suite... Mais ces raids sont toujours restés à l'état de projet dans les cartons des états-majors, le feu vert n'ayant jamais été donné, afin d'éviter toutes complications internationales.

Le succès a donc été remporté par une action purement défensive, qui a été coûteuse moins en terme de budget (7) qu'en terme d'effectifs. C'est un effort permanent qui a permis de faire face aux différents aspects de la bataille des frontières : les marins partagent la garde des frontières avec l'armée de Terre, tandis que les aviateurs assurent la surveillance aérienne.

Et dans l'armée de Terre, toutes les armes sont concernées : fantassins, cavaliers de la " herse ", artilleurs et radaristes, sapeurs constructeurs, sapeurs mineurs, électromécaniciens sapeurs et marins, transmetteurs, tringlots, Service de santé, équipes du Matériel.

Le coût en effectifs est plus lourd que celui prévu à l'origine. Pour ne prendre qu'un exemple : sur les 300 km du barrage avant à J'est, on dénombre 20 compagnies d'infanterie, 16 escadrons d'arme blindée, Il sections d'artillerie, 2 sections de transmissions, 7 compagnies du Génie et 2 compagnies d'électromécaniciens, sans compter les forces d'intervention qui peuvent être appelées en cas de franchissement. Autres et derniers chiffres significatifs : compte tenu des doublements et parfois triplements de l'obstacle électrifié, il y a, en 1961, environ 3 000 km de haie électrifiée sous tension, alimentés par 104 centrales. Il fallait des hommes pour les surveiller, les entretenir, les réparer. A travers les témoignages recueillis dans ce numéro, on constate que ce ne fut pas toujours une mission exaltante, car répétitive, menée souvent dans l'isolement ; ce fut parfois une veille du désert des Tartares... Ce fut aussi, parfois, des combats violents et meurtriers.

Mais, il faut bien le constater, si à la veille de l'indépendance de l'Algérie, il est nécessaire de donner l'ordre d'ouvrir les portes des barrages, c'est bien parce que les ALN de Tunisie et du Maroc sont encore l'arme au pied à l'extérieur des barrages.

Intactes et " victorieuses ", elles entreront en Algérie, y feront la loi au détriment d'une résistance intérieure laminée et amèneront progressivement au pouvoir leur chef, le colonel Boumediene.

C'est l'ultime conséquence des barrages-frontières, et non le moindre, pour l'avenir de l'Algérie indépendante.
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Lun 8 Nov - 19:55



Section héliportée en 1957
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Mar 9 Nov - 5:27

Bonjour,

Belle photo, mais sais tu de quel régiment il s'agit !?

Bien à toi
Nicolas
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Mar 9 Nov - 10:39

ParaTDM a écrit:
Bonjour,

Belle photo, mais sais tu de quel régiment il s'agit !?

Bien à toi
Nicolas

Bonjour,
Il s'agit du 3è R.P.C si non, je n'aurai pas publié la photo. Je dois en avoir d'autres.
Paramicalement
Jean-Pierre
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Mar 9 Nov - 14:02



Quelques vues de la Ligne Morice prise du côté du secteur de Guelma-Duvivier et de Négrine.







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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Mar 9 Nov - 16:50

Charognard a écrit:
ParaTDM a écrit:
Bonjour,

Belle photo, mais sais tu de quel régiment il s'agit !?

Bien à toi
Nicolas

Bonjour,
Il s'agit du 3è R.P.C si non, je n'aurai pas publié la photo. Je dois en avoir d'autres.
Paramicalement
Jean-Pierre

Bonjour Jean Pierre,
Merci pour ta réponse et pour la photo.
Je ne la connaissais pas.
ParaColonialement bien à toi
Nicolas
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Mar 9 Nov - 16:54

LEGIO66 a écrit:


Quelques vues de la Ligne Morice prise du côté du secteur de Guelma-Duvivier et de Négrine.

Bonjour Jean Charles,
Merci pour ces 2 photos.
Peux tu m'en dire plus par rapport à cette ligne ?
A quoi servait elle ? Qui en avait la surveillance, etc. ?
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Nicolas
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Mer 10 Nov - 14:23


Voici l'histoire des barrages des frontières :




En 1956, l’indépendance du Maroc et de la Tunisie obligea l’armée française à envisager une solution pour faire de l’Algérie un champ clos.
En effet, la coopération militaire franco-marocaine et franco-tunisienne prévue par des accords bilatéraux avait été vite démentie par une contradiction flagrante entre la poursuite de la guerre par la France contre le FLN algérien, et la solidarité maghrébine que les dirigeants nationalistes des deux Etats nouvellement indépendants ne pouvaient lui refuser.
Les troupes françaises maintenues dans les deux pays avaient alors leurs effectifs les plus élevés (125.000 hommes au Maroc et 55.000 en Tunisie) ; mais elles ne pouvaient s’opposer à l’installation de l’ALN algérienne sans l’accord des gouvernements marocain et tunisien. Le 22 octobre 1956, le détournement vers Alger par l’aviation française d’un avion marocain transportant de Rabat vers Tunis les chefs de la délégation extérieure du FLN sonna le glas de la coopération militaire entre la France et ses anciens protectorats. A moins de les reconquérir par la force (solution impossible faute d’effectifs suffisants), il ne restait pas d’autre solution militaire que tenter de boucler hermétiquement les frontières de l’Algérie.
C’est d’abord à la frontière marocaine que fut expérimenté le premier barrage, sous l’autorité du général Pédron, commandant le corps d’armée d’Oran. Dès le mois de juin 1956, un simple réseau de barbelés fut construit entre la frontière et la route nationale n° 7, dans le secteur côtier tenu par la demi-brigade de fusiliers marins (DBFM) près de Nemours. Renforcé à partir de novembre 1956, il fut perfectionné par le minage et par l’électrification (réalisée sur 10 km en janvier 1957).
Le ministre de la Défense nationale du gouvernement Bourgès-Maunoury, André Morice, décida le 26 juin 1957 de généraliser cette expérience de façon à réaliser en quelques mois le bouclage des deux frontières.
A l’Ouest, la « ligne Pédron » s’éloignait de la frontière marocaine sur les hauts plateaux arides couverts d’une steppe d’alfa, pour aller protéger la route et la voie ferrée reliant Oran à Colomb-Béchar dans leur traversée de l’Atlas saharien.
A l’Est, où tout était à faire, la « ligne Morice » suivait et protégeait également la route et la voie ferrée de Bône à Souk-Ahras et Tébessa, ce qui permit sa réalisation en trois mois. Les espaces qui s’étendaient entre les barrages et les frontières furent transformés en « zones interdites », dont les habitants étaient regroupés autour des postes militaires ou évacués. Les étendues plates et désertiques des confins sahariens à l’Est, et des hauts plateaux à l’Ouest, étaient d’abord surveillés par des batteries de canons à tirs automatique déclenché par radar, avant la construction du réseau électrifié. Etant donné la gravité particulière de la menace que l’ALN de Tunisie faisait peser sur le barrage de l’Est, il était prévu de le doubler par un barrage de l’avant plus proche de la frontière tunisienne. Celui-ci fut d’abord construit de Souk-Ahras à Tébessa, de façon à protéger les centres miniers de l’Ouenza et du Kouif, d’octobre 1958 à mars 1959, puis de Souk-Ahras à la mer, de mars à octobre 1959.
Ce barrage de l’avant fut appelé « ligne Challe », du nom du nouveau commandant en chef, successeur du général Salan. Il fit plus que doubler la difficulté du passage de la Tunisie vers l’Algérie.
En effet, le barrage était un ensemble d’obstacles redoutable d’abord par sa largeur : de 100 mètres à plusieurs kilomètres suivant les endroits. On y trouvait au centre, souvent une route et une voie ferrée, et toujours une piste de surveillance utilisée par les véhicules blindés des patrouilles faisant « la herse ». Et des deux côtés (vers l’extérieur et vers l’intérieur) une haie renforcée non minée, puis un réseau intérieur de barbelés miné, une piste technique longeant la clôture électrifiée, puis encore un réseau extérieur miné, et enfin un grillage destiné à tenir les animaux à l’écart. Cet obstacle n’était pourtant pas absolument infranchissable : on pouvait faire sauter les réseaux de barbelés et les mines au moyen de bangalores (tubes remplis d’explosifs), et sectionner la clôture électrifiée avec des pinces coupantes à poignées isolantes.
Mais l’interruption du courant dans la clôture était immédiatement signalée et localisée par les stations de contrôle technique, ce qui déclenchait l’intervention rapide des patrouilles de la herse sur place, et le bouclage de la zone du franchissement par les troupes du secteur et par les réserves du corps d’armée ou par les réserves générales, avec l’aide des hélicoptères et l’appui de l’aviation. C’est pourquoi les franchissements étaient beaucoup plus difficiles à réussir de l’extérieur vers l’intérieur que dans l’autre sens (tout au moins là où le barrage était proche de la frontière) ; et le doublement de la ligne Morice par la ligne Challe en aggravait énormément la difficulté en enfermant ceux qui avaient réussi à franchir le premier obstacle dans une nasse.
La construction des barrages fut un tournant de la guerre, aux conséquences considérables.
Au début, les chefs du FLN en sous-estimèrent tout-à-fait l’importance : ils n’essayèrent pas de s’opposer à sa construction, et autorisèrent les ouvriers algériens à y travailler à condition qu’ils leur reversent une partie de leurs salaires en tant qu’impôt révolutionnaire. Mais une fois le gros-œuvre achevé, les barrages firent la preuve de leur efficacité. Au début de 1958, les contingents de l’ALN lourdement chargés d’armes et d’équipements militaires tentèrent de rentrer massivement en Algérie. La « bataille des frontières » fut la plus grande bataille de la guerre. Du 21 janvier au 28 mai 1958, sur la ligne Morice, l’ALN perdit 2.400 combattants tués, 300 prisonniers, 350 armes collectives et 3.000 armes individuelles. La seule bataille du djebel Mouadjène, près de Souk-Ahras, lui coûta 624 hommes et 484 armes du 28 avril au 3 mai. Du fait de ces combats, les pertes mensuelles des deux camps atteignirent alors leurs plus hauts niveaux de toute la guerre : 3.803 tués chez les « rebelles » en avril 1958, et 364 chez les « forces de l’ordre » en mai. Le rêve d’un Dien-Bien-Phu algérien se dissipa brutalement.
Il en résulta une très grave crise du moral dans l’ALN, à l’extérieur et à l’intérieur . A l’extérieur des barrages, des troupes refusèrent de tenter de nouveaux franchissements et crièrent « Vive la paix ! Vive de Gaulle ! » devant Belkacem Krim, vice-président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et ministre des forces armées. Le commandement opérationnel militaire de l’Est fut suspendu et ses responsables sanctionnés, mais l’indulgence de Krim envers son chef Mohammedi Saïd provoqua en novembre 1958 un dangereux complot des anciens responsables déchus, et une insubordination générale des troupes envers les officiers nommés par Krim. En mars 1959, plusieurs officiers supérieurs furent exécutés, et le capitaine Ali Hambli, en révolte contre Mohammedi Saïd, se rendit aux Français avec 148 hommes. Le mécontentement gagna aussi les wilayas de l’intérieur, qui se sentirent abandonnées par l’extérieur. En décembre 1958, le colonel Amirouche, chef de la wilaya III (Kabylie) réunit ses collègues des wilayas IV (Algérois), VI (Sud Algérois) et I (Aurès-Némentchas) dans un comité interwilayas, qui réaffirma le principe de la primauté de l’intérieur (proclamé par le Congrès de la Soummam en 1956). Le « plan Challe », exécuté en 1959 et 1960 par l’armée française, accrut encore ce sentiment d’isolement et d’abandon. A l’ouest le capitaine Zoubir, de la wilaya V (Oranie) franchit le barrage à l’automne 1959 pour dénoncer l’incurie de ses chefs basés depuis 1955 à l’extérieur, et demander l’arbitrage du GPRA. Econduit par le colonel Boumedienne, il réussit à entraîner la majeure partie des troupes de l’ALN stationnées au Maroc, et finit par se rendre aux Marocains en février 1960. Dans l’Algérois le commandant Si Salah, chef par intérim de la wilaya IV, désespérant de recevoir le moindre secours du GPRA et du nouvel état-major-général de l’ALN, entama en mars 1960 des négociations secrètes avec le gouvernement français, et fut reçu le 10 juin à l’Elysée par le général de Gaulle.
Le GPRA, lui aussi profondément divisé, était conscient du danger. Le CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne), qui s’était réuni à Tripoli en décembre 1959 et janvier 1960, avait reconnu que la guerre risquait d’être perdue si aucun secours ne parvenait à l’intérieur durant l’année 1960, et décidé que les officiers venus des wilayas devraient y rentrer au plus vite. Pour atteindre ces objectifs, un nouvel organisme fut créé, l’état-major général de l’ALN, dirigé par le colonel Boumedienne à partir de février 1960.
L’état-major-général (EMG), reprenant des projets antérieurs, réorganisa les unités bloquées aux frontières en renforçant leurs effectifs, leur organisation, leur équipement et leur armement. Il réussit l’amalgame entre les anciens maquisards venus des wilayas et les nouvelles recrues levées dans les communautés algériennes de Tunisie, du Maroc et de France. Il multiplia très vite les opérations militaires contre les barrages et contre les postes français des zones frontalières. Mais les tentatives de franchissement restèrent toujours aussi coûteuses : quelques officiers réussirent à passer avec quelques hommes, d’autres furent tués (comme le colonel Lotfi et le commandant Embarek de la wilaya V, sur le barrage de l’Ouest), d’autres renoncèrent après plusieurs échecs et restèrent à l’extérieur.
A partir de juillet 1960, l’EMG renonça sans l’avouer à tout projet de retour en masse à l’intérieur. Il opta en fait pour une tactique de harcèlement contre les barrages et les postes militaires français à partir du territoire tunisien ou marocain, utilisant une artillerie de plus en plus lourde, afin d’obliger l’armée française à immobiliser des effectifs de plus en plus importants et à fortifier de mieux en mieux ses positions. Du 6 au 14 mars 1962, à l’approche du cessez-le-feu, un bombardement général fut déclenché contre le barrage de l’Est avec des moyens sans précédent. Mais la destruction des barrages par des brigades internationales chinoises, arabes et africaines resta un pur slogan de propagande. Les liaisons avec les wilayas furent rétablies en 1961 par des filières clandestines de la Fédération de France du FLN, utilisant les lignes maritimes et aériennes régulières pour faire passer de France en Algérie de l’argent, des armes légères, puis des cadres.
En fin de compte, à quoi servirent les barrages ? D’un point de vue strictement militaire, on peut dire qu’ils avaient atteint leur but : couper l’ALN en deux, et empêcher l’ALN extérieure de porter secours à son homologue intérieur, ce qui rendait possible l’étouffement et la destruction de cette dernière par le « plan Challe ».
Que ce succès militaire incontestable n’ait pas été exploité à fond par le pouvoir politique français est une autre histoire. Même si la dislocation irrémédiable de l’ALN a été évitée, le ressentiment de l’intérieur contrer l’extérieur a laissé des traces durables. Pendant la crise de l’été 1962, les partisans d’Ahmed Ben Bella et du colonel Boumedienne ont reproché au GPRA d’avoir demandé au gouvernement français de maintenir les barrages fermés aux troupes de l’ALN extérieure après la proclamation de l’indépendance le 3 juillet,mais les wilayas III et IV, les plus éloignées des frontières, ont pris parti contre l’EMG. D’un autre point de vue, on peut conclure à l’inverse, que l’EMG a réussi à détourner les barrages de leur but et à les récupérer pour ses propres fins en renonçant à les franchir. En effet, la stratégie de harcèlement à partir des frontières lui a permis de limiter ses pertes et d’accumuler à l’abri des barrages des forces armées de plus en plus nombreuses (22.000 hommes en Tunisie et 10.000 au Maroc en mars 1962), suffisamment bien organisées et bien armées pour prendre le pouvoir contre tout concurrent dès le départ des troupes françaises.
Ce résultat n’aurait pu être évité que si l’armée française avait repris les opérations offensives en territoire tunisien et marocain, plusieurs fois étudiées de 1956 à 1958 ; mais les gouvernements de la IVème et de la Vème République les avaient exclues par crainte d’internationaliser le problème algérien depuis le bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef en Tunisie.
Dans ces conditions, l’EMG fut en fin de compte le principal bénéficiaire des barrages militaires français. Il ne jugea pourtant pas utile de les conserver après l’indépendance pour défendre l’Algérie contre ses voisins …
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Jeu 18 Nov - 17:43

Bonjour Jean Charles,

C'est avec beaucoup de retard que je te remercie pour ta réponse.
Je viens de la relire.

125 000 militaires au Maroc et 55 000 en Tunisie ... pourquoi tant de disproportion ?

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Nicolas
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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Jeu 18 Nov - 19:33



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MessageSujet: Re: Bataille des Monts Nementcha   Jeu 18 Nov - 19:54

Bonsoir Jean Pierre

Merci pour cette superbe photo.

Nicolas
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Bataille des Monts Nementcha

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