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 Article extrait de Béret Rouge de novembre 1962

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Localisation : Haillicourt - Pas de Calais
MessageSujet: Article extrait de Béret Rouge de novembre 1962   Jeu 15 Juil - 10:33

Cet article, extrait de Béret Rouge de novembre 1962,
a été écrit par un amicaliste de l’Amicale des Anciens du 3° RPIMa

SOUS LE BÉRET ROUGE


Oh ! Quelle chaleur, pense Michel négligemment appuyé contre une balise du terrain d’aviation de Bach Maï.
Tout autour de lui, c’est le paysage habituel des grands départs.
De chaque côté du parking métallique, les bons gros Junker 52 sont alignés et semblent affaissés de sommeil sous le soleil.
Les intervalles entre les appareils sont piquetés de tout un fourniment faisceaux de parachutes, équipements, gaines de matériel lourd, tout s’imbrique et s’entrecroise en laissant pourtant une impression d’ordre.
Les hommes se sont éparpillés aux environs, qui à la recherche d’un coin d’ombre, qui d’un quatrième à la belote, voire même d’une bière fraîche.

Le 3° B.C.C.P, en alerte, attend un départ aléatoire.
Quel métier quand même !
Mais au fait, quel jour sommes nous ?
Le 8 octobre 1950, je crois...
Michel cherche des yeux un éventuel compagnon pour confirmer sa date.
Seul dans son coin, et las, il renonce à héler Paul qui, de l’autre côté du parking, est plongé dans un magazine.
Sans se formaliser, il sombre de nouveau dans sa rêverie.

Bientôt deux ans qu’ils sont là, lui et ses copains.
Que de chemins parcourus et d’événements vécus depuis.
En novembre 1948, ils prenaient pied sur cette terre d’Indochine.
Des trois premiers mois passés en Cochinchine, pas de grands souvenirs.
Des opérations banales et surtout rebutantes par le côté terrain parce qu’elles les plongeaient dans l’eau et la boue nauséabonde des rizières et des arroyos.
Une compensation, Saigon, ville sympathique pour le para où il avait tôt fait de dépenser sa maigre solde.
Avec le Tonkin, le bataillon avait retrouvé le plancher des vaches si l’on peut dire.
Il était devenu un vétéran des combats de hautes et moyennes régions.
Finie la boue, à lui les rails, les pitons, la brousse.
« Diabolo » et « Junon » lui avaient bien un peu remis les pieds dans l’eau, mais cela avait été si rapide, qu’il ne s’en était pas aperçu.
En septembre, le bataillon venait d’user ses derniers effectifs avec le dégagement du poste de Sainthers et Hanoï avait semblé l’accueillir à son retour pour lui dire adieu et le livrer aux cales du « Pasteur » qui devait le ramener en Métropole.
Et puis, brusquement, tout s’était agité.
La prise du poste de Dong ket, au moment où le commandement évacuait Cao-Bang avait mis le feu au poudre.
Les colonnes Charton et Lepage, obligées de prendre la brousse pour éviter Dong ket, semblaient en mauvaise posture car les Viets avaient profité de l’occasion pour lancer
leur offensives d’automne.
Le 1° BEP parachuté depuis quelques jours, n’avait pas réussi à reprendre Dong ket.
Bien plus, depuis hier, nous avions appris que cette unité d’élite s’était pratiquement fait détruire sur place en tentant vainement de remplir sa mission.
Cela d’ailleurs nous avait surpris et peinés.
Nous connaissions bien les gars du BEP et depuis début 1950, comme deux vautours, nos deux unités se partageaient les interventions aéroportées de la zone frontière.
Hier, alors que personne n’y songeait, ce fut l’alerte, avec son processus connu, qui transformait le bataillon en machine bien huilée.
Équipement, sac, armement, munitions, tout était vérifié, complété en un clin d’oeil. Simultanément, le matériel lourd était mis en gaine, les commandos fractionnés.

Et bientôt, une longue file de camions prenait la route de Bach Maï.
Là, chaque véhicule rejoignait son avion, les faisceaux étaient formés, les parachutes essayés, et c’était l’attente du « Top » de départ.
Pourtant, hier, personne n’avait voulu de nous et le soir, nous avions retrouvé nos lits du Protectorat dans notre cantonnement.
Le soir, les informations annonçaient la liaison des colonnes Charton et Lepage, aux
environs de Tacket.
Si cette information s’avérait exacte, notre intervention n’avait plus lieu d’être.
Aussi, bien que de nouveau en sentinelle au pied des avions depuis l’aube, nous penchons tous pour un nouveau retour au Protectorat dans la soirée.
Le début de matinée avait bien été troublé par une fausse alerte qui nous avait empilés comme des harengs dans les carlingues, juste le temps de piquer une bonne suée avant de remettre pied-à-terre et de reformer nos faisceaux.
(Nous devions apprendre plus tard que ce faux départ n’était dû qu’à une mauvaise météo).

Le temps passe et le repas de midi vient d’être marqué par une saine agitation.
Le bataillon avait voulu fêter, après coup, la Saint Michel que nous avions connu sur la piste. Aussi avait-il prévu un solide repas.
Il n’avait oublié qu’une chose, l’imprévu.
Dès onze heures, plusieurs Dodge 4 X 4 avaient fait du porte à porte entre les différents sticks.
Ce qui aurait été un merveilleux repas pris dans nos réfectoires, devenait, faute de gamelles et d’ustensiles, un véritable gâchis.
La mayonnaise suait sur le lapin, les frites ensevelissaient la salade ou vice - versa et j’en passe.
Seuls, les bouteilles et les cigares arrivaient à peu près dignement à chaque avion.
Et puis, deux cents et quelques gars désabusés terminaient le tableau en mangeant avec les doigts ou une fourchette de fortune, à même les plats de campement.

Deux cents et quelques gars, oui, c’est tout ce qu’on avait pu récupérer de solide en vidant les fonds de tiroirs et en bénéficiant d’un renfort de dernière heure, d’environ soixante
paras...
Bien sûr, nous étions dans les cinq cents à l’arrivée, mais nous laissions déjà en base arrière pas mal de malades, de fatigués et le bataillon, dans son séjour, avait payé un lourd tribut en tués, blessés et rapatriés sanitaires.
Cap sur l’Objectif.

A 14 h20, ce fut la surprise.
Une jeep parcourt le parking et donne le top de départ.
On s’équipe rapidement avec du matériel plutôt « toquard ».
Sous prétexte que l’on sautait à parachute perdu, on nous avait collé dans le tas un bon nombre de parachutes réformés et autres, voire même des voiles humides qui avaient été pliées en toute hâte, la nuit précédente.
Mon mousqueton de poitrine, plus ou moins rouillé, refuse de fonctionner et j’ai grand mal à le mettre à la raison.
Enfin, on embarque, encombrés avec nos armes, nos sacs.
Les largueurs suent pour nous hisser ou nous tirer dans l’avion.
Tant bien que mal, nous arrivons à trouver une place relativement confortable pour les deux heures de vol en perspective.
Pas si facile que cela, vous pouvez m’en croire car, dans chaque « taxi », une gaine à matériel rétrécit déjà sérieusement l’espace vital de ces boîtes d’allumettes.
Les uns après les autres, nos avions décollent.
Une fois en formation, ils mettent le cap sur l’objectif.
Les visages tendus sont fermés plus que de coutume.
Petit à petit, chacun réalise que cette fois, nous voilà lances pour de bon, dans une nouvelle action.
On regrette amèrement Hanoï et, par delà, le bateau qui nous attendait lui aussi, pour nous ramener en France.
Enfin, on en a vu d’autres, et tous, de penser que ce n’est là qu’une histoire de quelques jours.
Faisant contre mauvaise fortune bon-coeur, on se ressaisit.
Le moral reprend le dessus, surtout pour «engueuler» les amateurs de bouteilles dont certains déversent le trop-plein où ils peuvent.

Enfin, l’objectif est proche.
Péniblement, chacun se relève pour accrocher sa « SOA ».
Nous sommes tellement courbaturés et à l’étroit, que chacun attend le « feu vert» comme une délivrance.
GO !
C’est parti...
Les charrettes se vident régulièrement et les corolles multicolores s’ouvrent dans le ciel.
La chasse mène une noria infernale autour du largage...
De temps à autre, une rafale crépite, des obus explosent dans That-Khe et sur le poste...
Au fond, un parachute refuse de s’ouvrir et une torche fonce vers la rizière.
Rapidement, nous nous retrouvons disséminés dans un grand terrain qui borde la ville.

Les commandos se regroupent et la manoeuvre commence.
À vrai dire, elle commence plutôt mal.
Trois morts au parachutage, une torche, deux ruptures de « SOA », des incidents qui ne pardonnent pas lorsqu’on est largué à basse altitude.
Nous quittons la DZ pour aller prendre position sur le piton « japonais » qui commande la route de Chine.
La grimpée est rude et de-ci, de-là, on repère des casques abandonnés.
Eh oui !
Nous qui n’avions connu que le chapeau de brousse, on nous avait obligé cette fois à prendre la « gamelle ».
Nos patrons ne croyaient guère plus que nous à l’utilité de cet accessoire, aussi, dès le lendemain matin, tout le monde se retrouva en chapeau.
Le temps de s’installer, de creuser les emplacements de combat et la nuit est presque complète.
Mystérieuse symphonie des armes automatiques.
« Départ dans dix minutes, préparez-vous ! »
Voilà une belle manoeuvre pour essayer d’abuser l’ennemi qui, sans nul doute, observait de jour tous nos mouvements.
Comme des ombres, sans bruit, nous descendons de notre piton.
On s’engage alors sur la route de Cao-bang et on gagne le poste de Pont Bascou qui commande l’entrée nord de la cuvette de That-Khe.
Prise de contact avec la garnison, puis nous quittons la piste pour nous hisser sur la ligne de crête qui domine la route.
Cette manoeuvre de nuit est extrêmement pénible, bien que nous soyons rodés à ce genre d’exercice.
Enfin, après deux heures d’efforts, nous atteignons le sommet et nous prenons un court
repos avant l’aube.

Un brouillard ouate la vallée et s’effiloche sur les pitons lorsque le G.C 3 commence sa progression sur la ligne de crête, sous la protection des armes lourdes.
Ce que l’on attendait à tout instant se déclenche, environ 2 Km plus loin.
Le contact est établi, les armes automatiques donnent le ton à une mystérieuse symphonie. L’artillerie de That-Khe couvre le tout et ses salves se succèdent à cadence rapide.
Malgré les assauts furieux des Viets, et grâce à l’appui de l’artillerie et de l’aviation, nous tiendrons nos positions jusqu’à l’ordre de repli qui nous parvient à 17 heures.
L’ennemi salue cette décision par un arrosage copieux du terrain, à coups de mortier.

Finalement, couchés, debout, rampant, suant, soufflant, on finit par se replier et rejoindre notre base de feu qui dominait Pont Bascou.
Là, on recherche en vain un Sergent-Chef du GC.
Personne ne l’a vu disparaître dans la bataille et nous ne le retrouverons pas, sa disparition restant une énigme pour nous.
A la nuit tombée, nous descendons sur Pont Bascou et le bataillon s’installe pour cette nuit du 9 au 10 sur la route et les petits mamelons qui commandent le défilé.
Dans notre secteur, la nuit est calme.
Au sud, l’artillerie tonne, on doit se battre au poste qui commande le pont sur le Songki Kong.
Nous sommes réveillés en fanfare.
Une patrouille V-M vient de buter dans une embuscade que nous avions placée au pied du
poste sur la route.
Des rafales hachent le calme de la matinée.

Huit heures, la garnison du poste vient de se replier sur That-Khe.
Une heure après, nous décrochons à notre tour.
Décrochage très court d’ailleurs, car on est rapidement stoppé.
On se réinstalle sur les derniers mamelons qui commandent la route et l’entrée nord de la cuvette de That-Khe.
Au loin, quelques véhicules se rapprochent, soulevant un nuage de poussière.
Ils s’arrêtent quelques instants à hauteur de notre PC.

Des drapeaux à croix rouge sont attachés sur chaque camion qui ne porte que quelques hommes sans armes.
Du haut de notre mamelon, nous les voyons reprendre leur route en direction de Pont Bascou.
Nous ne comprenons pas tellement.
Que vont-ils faire là sans protection, alors que nous sommes les derniers éléments ?
Peut-être chercher des blessés que les V-M voulaient rendre.
Des rafales hachent le calme de la matinée...
Dans un nuage de poussière, un camion revient et nous nous rendons nettement compte qu’il fuit.
Les salauds !
Et nous encore plus fous de croire que la convention de Genève est monnaie courante avec ces américains-là.
L’explication, nous l’aurons un peu plus tard.
Les V-M avaient contacté That-Khe par radio pour annoncer qu’ils voulaient rendre quelques blessés français à Pont Bascou.
Le convoi, accueilli à coups de PM, avait eu la chance de n’avoir aucun blessé avant que l’erreur se dissipe.
Un commandant V-M avait ensuite pris contact.
Oui, évidemment, il savait, mais il devait attendre l’ordre de ses chefs avant de rendre les blessés.
Les heures passèrent et l’ordre ne vint pas.
À 18 heures, les véhicules rejoignaient That-Khe à vide, pas plus de blessés que de beurre en broche.
Cette sournoise manoeuvre nous avait fait perdre presque une journée.
De quoi amener pas mal de renforts viets dans les environs.
Les jours prochains s’annonçaient plutôt mouvementés.
Pendant cette mascarade, l’oeil aux aguets, nous rôtissions lentement au soleil.
Les gourdes étaient vides depuis longtemps et la soif se faisait durement sentir.

A That-Khe, le pont aérien évacuait les derniers rescapés du BEP et des colonnes Charton et Lepage, du moins ceux qui avaient réussi à rejoindre et ils n’étaient pas légion. Les avions continuaient les parachutages pour donner le change et faire croire que nous allions tenir ferme sur cette position.
Cela ne devait guère tromper les Viets car, de nos collines, nous apercevions les premiers éléments qui évacuaient en direction de Nacham Langton.

La nuit était tombée depuis une heure, lorsqu’un jet d’étincelles jaillit sur la route, à hauteur du PC.
Une voix beugle à plusieurs reprises « fusée rouge »...
Comme quoi on oublie toujours quelque chose.
Pas de fusée.
Aussi, pour attirer l’attention, le PC avait fait brûler un pot fumigène et remplacé la fusée par une voix tonitruante...
Plutôt discret, avec les copains en face.
Des éclats de lampes, de plus en plus nombreux, percent la nuit du côté du défilé.
Pas de doute, du monde s’installe dans le coin.
Enfin, fusée rouge, égal rejoindre le PC, alors, exécution.
La descente est agrémentée de quelques chutes spectaculaires avant que nous débouchions sur la route.
Le Patron va aux ordres.
Pendant ce temps, on profite pour faire le plein des bidons aux ruisseaux qui bordent la route.

Les chefs de groupe à moi...
Nous assurons l’arrière-garde de la garnison de That-Khe.
Nous devons rejoindre Na-Cham où le poste nous attend.
« C’est une question de vitesse, faites balancer les sacs et tout l’inutile, ne conservez
que les armes, les munitions et les équipements.

Faites vite, départ dans cinq minutes... »
Plutôt laconique, comme ordre !
Enfin, vaille que vaille, on va essayer de s’en sortir.

Vers 20 heures, nous traversons That-Khe.
De-ci, de-là, des hangars brûlent.
La garnison a terminé l’évacuation depuis 17 heures.
Seuls, quelques éléments mettent un point final aux destructions obligatoires.
En silence, par la RC 4, nous quittons la ville.
Le ciel, derrière nous, s’illumine davantage.
C’est sûrement le feu qui gagne dans les hangars d’habillement et de matériel.
Devant nous, des rafales déchirent le silence nocturne et rayent l’horizon de leurs balles
traçantes.
Cela ne doit pas faciliter le passage du Songkikong, d’autant plus que nous venons d’apprendre que, malgré une résistance héroïque du poste, les VM ont réussi la nuit dernière
à faire une brèche de 20 mètres dans le pont.

La nuit se passe dans une progression extrêmement lente, à la mode escargot.
À l’aube, nous n’avons parcouru que peu de kilomètres.
Nous sommes alors rejoints par les autos mitrailleuses de That-Khe qui, dès l’approche du pont, ouvrent le feu sur les positions rebelles.
Les Viets occupent le passage à gué situé au sud du pont et en condamnent l’utilisation.
Il faut franchir le fleuve au nord du pont sur des barques MI.
Chaque passage est salué par quelques rafales, tandis que des obus de mortier explosent çà et là.
Pendant que les derniers éléments franchissent le fleuve, nos mortiers de 81 déjà sur l’autre rive, tentent un tir de contre batterie.
Ils sont partout !

Finalement, tout le monde finit par passer le Songkikong.
Le bataillon se regroupe et la progression reprend, à travers la plaine de Baun-Nam.
Le mouvement est horriblement long, nous mettons plus de 2 heures pour gagner les abords de Deo Cat.
On se demande ce que fabriquent les derniers éléments de la garnison qui progressent devant.
Vraiment, ils ne semblent guère pressés.
Le gros de la colonne a déjà franchi Deo Cat lorsque nous abordons le défilé.
On décèle des éléments rebelles sur un piton dominant la route.
Un FM les prend à partie et ce fut le commencement de la fin.
Depuis le 9 octobre au matin, nous avions attiré les rebelles à nous.
Nous les avions fixés tant et si bien, que le gros de la colonne en retraite réussira à gagner Nacham, puis Lang Son, tandis que nous serons cloués sur place à Deo Cat pour permettre à la colonne de poursuivre sa route.
Le tir du FM n’a pas dû plaire aux Viets, car ils ripostent énergiquement et manoeuvrent rapidement...
Ah !
Les salauds!
Ils sont bientôt partout, devant, derrière et même sur les pitons qui font fl anc à notre position.
Le GC 1 prend la tête du bataillon et essaie de progresser pendant que nous continuons à fixer tant bien que mal les « COCOS » d’en face.
Pas pour longtemps d’ailleurs, car il se heurte à un feu croisé d’armes de plomb qui
voltige un peu dans tous les coins, voyez le bilan...
Nous avons perdu le contact avec l’arrière de la garnison de That-Khe, mais nous, savons qu’ils ont franchi entièrement le défilé.
Déjà une consolation.
A nous de jouer maintenant, mais on semble embarqué dans une drôle de galerie.
Une seconde tentative de progression tout aussi infructueuse que la précédente, et nous
sommes bloqués...

Une mitrailleuse VM trop avancée est enlevée et réduite, mais à quel prix !
Nous nous embusquons momentanément à cheval sur la route tandis que le PC prend contact avec le commandement.
La chasse est demandée et le DLO essaie de mettre en place un tir avec les pièces du Poste de Bambe.
Essais infructueux, nous ne sommes pas dans les limites du tir du Poste.
Entre temps, la chasse est arrivée et mène un carrousel infernal au-dessus de nos têtes.

Le commandement vient de faire connaître ses derniers ordres.
Il projette de parachuter aux abords de Déo Cat, le 2° BEP chose qui ne sera point fait, puisque plus tard, il annonce l’annulation de cette mesure.
Cette fois, il se propose de faire revenir sur ses pas le dernier bataillon qui avait réussi à passer la filière avant l’embuscade.
14 heures, n’apportent rien de nouveau.
La chasse mitraille sans cesse, mais sans grands résultats, les positions Viets...
Cela n’empêche guère les salopards de nous serrer de près et nos PM sont quelquefois obligés de freiner leurs ardeurs.
Vers 14 h30, les salopards proposent la vie sauve pour lui et ses hommes s’ils déposent les armes...
Évidemment, le Capitaine C... les envoie cueillir des fraises.
Chacun sait ce qu’il fait, où il est, chacun connaît ce qui l’attend, mais tous préfèrent en finir, s’il le faut, en véritable Béret Rouge.

La nervosité augmente d’heure en heure, les traits se tendent, les visages se durcissent. Depuis ce matin, nous sommes là, et rien de changé...
Va-t-on encore longtemps enfiler, des perles ?
Comme tous, le Lieutenant X... en a assez et il propose au Capitaine C... de tenter une pointe pour étudier la possibilité de forcer la crête.
Ce projet est finalement accepté et le Lieutenant X... va utiliser mon commando pour le mettre à exécution.
Chacun vérifie l’état de son arme, s’assure que tout est « ok » et c’est le départ.
Nous nous coulons d’abord dans une faille qui remonte le flanc du piton presque jusqu’à la ligne de crête.
Abrités dans l’herbe, à éléphants, nous progressons lentement à l’abri de tout oeil indiscret. Nous allons aborder la ligne de crête.
Quelle surprise nous attend ?
À vrai dire, nous ne sommes guère tranquilles.
Mon coeur bat la chamade et je l’entends malgré moi.
Il semble compter les secondes qui nous restent à respirer...
Un craquement bref me fait sursauter...
Ouf !
Ce n’est qu’un maladroit qui vient de marcher sur un morceau de bambou sec.
Quelques instants plus tard, j’épongeais largement mon front.
Quelle histoire !

Nous venions d’occuper la crête et nous n’y avions trouvé personne.
Nous apprîmes plus tard que les V-M, à l’approche de la nuit, avaient dégarni ce piton afin de renforcer l’embuscade qu’ils avaient montée aux abords de la route.
La situation est immédiatement exploitée et tout le bataillon réussit à rompre le contact et à se faufiler par le passage que nous venions d’éclairer.
Pas brillant...

Le 12 octobre, on progresse par les lignes de crête jusqu’aux environs de midi, puis on plonge dans la vallée en utilisant le lit d’un gros ruisseau.
À l’approche de la route, nous sommes accueillis par les Viets.
Les salauds sont déjà là !
Rapidement, nous regrimpons sur une autre ligne de crête qui doit nous amener aux environs de Na-cham.
Après une courte progression, nous stoppons pour attendre la nuit complice qui nous facilitera le passage d’un endroit difficile et dangereux.

Le 13 octobre, après une nuit éperdument longue, passée sous la pluie, nous arrivons à la source d’une large vallée.
Dans la matinée, un Morane nous repère et nous largue un paquet de photos aériennes et ce message assez laconique : « Na-cham tient toujours et vous attend ».
Pas tellement brillant, mais il faut admettre que c’est quand même réconfortant.
De nouveau, on plonge dans la vallée.
Oh !
Pas bien loin !
Car nous sommes rapidement salués par le tir des VM.
Les salauds sont partout et pour échapper à cette tenaille, le bataillon doit se scinder en trois éléments.
La fatigue et la faim se font durement sentir.
Nous sommes sans vivres depuis notre départ de That-Khe.
Le moral aussi est en baisse et il nous faudra bientôt l’énergie du désespoir pour poursuivre.

Chaque élément essaie de franchir ce rideau V-M mais, bien vite, nous devons nous résigner à attendre, une fois de plus, la complicité de la nuit.
Avec l’arrivée de celle-ci, les VM dévoilent leurs positions par leurs feux de bivouac.
Ces vermines sont installées en fer à cheval sur les crêtes devant nous et nous coupent la route de Nacham.
Ils occupent même la vallée qu’ils éclairent avec de grands feux espacés de 60 à 100 mètres.
Pas d’autres sorties, il faut passer et on passera.
A la nuit complète, on se coule vers la vallée, comme des reptiles.
Quelques VM au tapis, quelques petits cafouillages, mais avant que ces chacals réagissent, nous réussissons à passer ce nouvel obstacle.
Sera-t-il le dernier ?
Que trouverons-nous demain sur notre chemin ?
Les amis ou encore de ces VM qui pullulent de partout ?
Cela, Dieu seul doit le savoir, mais espérons quand même.
Le jour nous enlève rapidement toutes nos illusions.
Le secteur grouille de Viets, il en sort de partout.
Après un petit baroud d’honneur, le bataillon éclate par groupes de 2 ou 3 gars.
Nous allons essayer de limiter la casse.

Absorbés par la brousse, sans vivres et sans sommeil, nous tenterons l’impossible pour rejoindre.
Rares seront les survivants.
Une quinzaine tout au plus.
Les autres auront allongé la liste de nos héros ou seront détenus dans des camps de prisonniers V-M où l’on sait combien il en rentre.
Quant à la sortie en date et en nombre, il est préférable de ne pas en parler.

Les derniers éléments, presque morts de faim et de fatigue furent tués ou capturés, les 19 et 20 octobre 1950.
Le bataillon venait d’écrire une nouvelle épopée des Bérets Rouges et pour ce fait d’armes, s’est vu attribuer sa deuxième citation à l’Ordre de l’Armée de laquelle nous retiendrons :
« A eu l’amère fierté avant de succomber devant un adversaire qui avait pour lui, le nombre, l’armement et le terrain, de savoir sa mission accomplie jusqu’au bout. »
EOA DELACOUR.

Sur un total d’environ 45 officiers; 80 sous-officiers et 600 Hommes du rang débarqués en novembre 1948, le 27 novembre 1950, l’adjudant Aubert , chancelier au 3ème BCCP rendait compte au Commandant DECORSE que le bataillon, après un séjour de 2 ans comptait: 66 tués, 97 blessés, et 240 disparus.
Extraitdu livre 3ème BCCP 48/50 -BONDROIT- (Hexagone Publications).

Total des hommes exécutés, morts ou disparus en captivité:
Exécutés: 16
Morts en captivité: 77
Disparus en captivité: 17
Total:110 hommes.
15 hommes réussiront à s’évader.
***************************************
Les chiffres et les pertes évoluent suivant les auteurs, néanmoins, il semble que le corps expéditionnaire a perdu dans cette bataille 5000 hommes: Tués, blessés ou fait prisonniers.
Sur les 3000 prisonniers ont estime que 2000 d’entre eux ne sont pas revenus des camps.
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